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Sommaire Interview Automne 2005 - Tishri 5766

Éditorial - Octobre 2005
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Les nouveaux défis

Par Roland S. Süssmann
L'abandon des terres juives du Goush Katif, par décision du gouvernement Sharon et de la XVIe Knesset, est terminé. Des flots d'encre ont coulé pour commenter, justifier ou décrier cet événement. Les thèses de la gauche sont bien connues, mais ce qui est intéressant, c'est de savoir comment la droite explique et légitime le fait qu'elle n'ait pas été à même de stopper ce qui va à l'encontre de toute son idéologie politique de base, à savoir l'éviction de milliers de Juifs de leurs foyers légaux. Afin de comprendre comment la droite israélienne analyse ce qui s'est passé et dans quel esprit elle envisage l'avenir, nous avons été à la rencontre du député du Parti Ikhoud Leumi, OURI ARIEL, l'un des bâtisseurs des villes et villages juifs de Judée-Samarie-Gaza.

Comment expliquez-vous que l'abandon des terres juives du Goush Katif et l'éviction de milliers de Juifs aient pu se faire pratiquement sans résistance ?

Au cours d'un sondage récent, on a posé la question suivante à différentes couches de la population à travers tout le pays: «en vue de l'établissement de la paix, seriez-vous disposés à évacuer et à abandonner votre maison ?». Plus de 50% ont répondu sans hésiter par l'affirmative. Cela démontre que 57 ans après la renaissance de l'État, nous ne sommes pas encore véritablement enracinés dans le pays ni dans sa terre. A cela s'ajoutent des raisons idéologiques, notamment l'idée que l'être humain est supérieur à la valeur du sol et que, si une vie est en jeu, on peut facilement abandonner du terrain pour la sauver. Cette illusion a été entretenue au sujet de Goush Katif, mais ne correspond absolument pas à la réalité puisqu'en abandonnant ces terres, nous n'avons absolument rien gagné, bien au contraire. Nous en sortons affaiblis et mettons de nombreuses vies en danger. De plus, la croyance religieuse n'est de loin pas assez profondément ancrée en nous et un grand nombre de nos politiciens pensent qu'ils dirigent le monde en oubliant allègrement qu'il y a quelqu'un au-dessus d'eux. Ils négligent volontairement le fait que nous tirons toute notre légitimité sur Israël uniquement de la Torah. Sur le plan pratique, je pense que le manque d'opposition est le résultat d'une mauvaise évaluation de notre part des véritables intentions d'Ariel Sharon et de l'ampleur de sa détermination. Par conséquent, nous n'avons pas établi de programme d'opposition suffisamment puissant sur le plan politique, de l'éducation du grand public et sur le terrain même. Maintenant, il faut absolument que nous préparions l'avenir, car nous ne sommes absolument pas à l'abri d'une nouvelle série de tentatives d'expulsions et d'abandons de terres juives. Cela dit, il ne faut pas oublier que nous avons assisté à un revirement total de position d'Ariel Sharon qui, il y a un an et demi encore, proclamait haut et fort que l'idée de lâcher un seul village juif dans le Goush Katif, comme par exemple Netzarim, équivalait à abandonner Tel-Aviv. Il a été élu sur une plateforme nationaliste et sécuritaire et a simplement détourné les voix de ses électeurs ainsi que le mandat qui lui a été confié, contrevenant ainsi aux règles élémentaires de la démocratie.

Une initiative lancée à la Knesset, qui engagerait Israël à retourner à Goush Katif et à le reconstruire, est-elle raisonnablement envisageable ?

Certainement pas dans l'état actuel des choses. Il suffit de constater qu'aucun candidat du Likoud voulant remplacer Ariel Sharon n'a simplement mentionné une telle éventualité. Toutefois, comme vous le savez, le Goush Katif, comme Naplouse (Chkhem), où se trouve le tombeau de Joseph, ou Jéricho, fait partie intégrante d'Israël, et, à la première occasion, nous y retournerons.

Comment se fait-il qu'il n'y ait pas eu d'opposition politique suffisamment forte pour empêcher le désengagement ?

Nous aurions pu nous lancer dans une campagne sanglante et violente. Or nous agissons selon les préceptes de la Torah qui, justement, ne nous permettent pas de dire que la fin justifie les moyens et que tout est permis pour atteindre son but. Nous ne sommes pas des assassins. Nous savions que pour Ariel Sharon, la question de Goush Katif était devenue obsessionnelle. Il a d'ailleurs déclaré que si les Arabes ouvraient le feu, il les ferait taire mais procèderait néanmoins à l'évacuation. Rien, aucun acte de terrorisme, n'aurait pu l'arrêter. L'opposition n'était visiblement pas aussi déterminée que lui.

Comment préparez-vous l'avenir ?

Il faut bien comprendre que nous devons nous remettre du choc et du traumatisme que nous avons vécus. Pour nous, l'avenir ne se limite pas à la prochaine échéance électorale, bien que celle-ci soit très importante étant donné qu'elle pourrait être déterminante pour la politique qu'Israël mènera dans les années à venir. Tout en ne négligeant pas le court terme, notre conception de l'avenir porte sur les quinze prochaines années. Dans l'esprit de cette vision, nous devons travailler à trois niveaux: politique, éducatif et sur le terrain même. Politiquement, il nous faut gagner le soutien du public afin qu'il n'accepte plus jamais qu'un tel programme puisse même être initié. Mais ce qui est important, c'est de créer de plus en plus de faits sur le terrain. Si je prends l'exemple de Maalé Adoumim, ville de plusieurs dizaines de milliers d'habitants, personne en Israël n'aurait l'idée de l'abandonner ou de la détruire. Nous préparons aussi un changement de leadership politique. A long terme, nous ne pourrons pas nous permettre d'avoir une direction non croyante, pour qui l'aspect religieux de l'État juif est complètement insignifiant. Contrairement à ce qu'il est politiquement correct de dire, c'est de notre Torah que nous tirons notre force. Bien que le discours religieux puisse sembler «dépassé ou extrémiste», il y a en Israël bien plus de gens proches de la croyance religieuse que certaines études veulent le faire croire. Ce n'est pas parce que quelqu'un ne mange pas cacher ou ne tient pas shabbat qu'il est pour autant étranger ou opposé aux valeurs juives, surtout à celles concernant le caractère juif de l'État d'Israël. C'est à ce niveau que la carte politique peut changer, et ce plus rapidement qu'on ne le pense. Sur le plan éducatif, nous travaillons sur un programme à plus long terme et en profondeur. Nous sommes à présent mis au défi de donner une nouvelle orientation éducative à tous les niveaux, y compris académiques. Dernier point, le système judiciaire, qui est totalement soumis au gouvernement. Dans toute cette affaire du désengagement, nous avons vu que la Haute Cour de Justice, hormis dans deux petits cas précis, a totalement joué le jeu du gouvernement tout en sachant qu'il était en fait antidémocratique, faisant ainsi fi des droits de l'homme les plus élémentaires. Son but, comme celui du gouvernement, était de déloger des Juifs à n'importe quel prix. Dans ces trois domaines, nous devons créer un nouveau leadership constitué de jeunes gens capables que nous devons encourager à s'engager dans la chose publique, dans le cadre des ministères de la Défense, des Affaires étrangères, de la Justice, etc. Finalement, sur le plan politique à court terme, nous devons rassembler nos forces afin que le public nous confie plus de mandats à la Knesset.

Tout cela est un programme à long terme. Mais entre-temps, le gouvernement peut encore abandonner de nombreux territoires. Alors, à quoi bon ?

Comme je vous l'ai dit, nous devons faire un effort pour gagner le plus de mandats possibles pour les prochaines élections qui auront lieu au plus tard dans une année. Pour ce faire, nous initions actuellement un programme d'information à destination du grand public, qui ne sait pas de quoi nous parlons et qui ne se rend jamais sur le terrain en Judée ou en Samarie. Nous devons amener les gens sur place pour leur permettre de faire leur choix en toute connaissance de cause. Parallèlement, nous allons accélérer le développement de la construction des villes et villages existants.

L'expérience récente a démontré que le fait que des Juifs soient établis dans un endroit ou un autre en Israël n'a rien de définitif, puisqu'ils peuvent en être expulsés par le gouvernement. Pourquoi des gens prendraient-ils encore le risque de construire une existence dans un endroit qui ne sera peut-être que provisoire ?

C'est exactement en ce point précis que réside notre défi. Il ne s'agit pas d'installer quelques dizaines de familles, mais de créer un mouvement de masse. Je peux vous dire qu'il y a un grand nombre de jeunes et de jeunes couples prêts à venir habiter en Judée-Samarie. A long terme, ce sont eux qui feront la différence.

Après le désengagement, des personnes ont-elle quitté leurs habitations en Judée-Samarie, estimant que cela ne valait plus la peine d'y rester ?

Non, mais le fait est que le taux d'augmentation de la population qui, ces dernières années était en forte augmentation, a été quelque peu réduit.

Il est vrai que toute cette opération était choquante, mais ce qui était vraiment dramatique, c'est que ces personnes sont devenues des «citoyens réfugiés». Pensez-vous que s'ils avaient accepté les offres initiales du gouvernement et qu'ils étaient partis volontairement plus tôt, les choses auraient été différentes ?

Absolument pas, car pratiquement rien n'a été fait pour eux. Cela dit, il y a une dimension morale à cette question. Si demain quelqu'un vient frapper à la porte d'une femme en lui disant: «je voudrais vous violer, merci de m'ouvrir votre porte», bien entendu elle refusera. Après avoir été violée de force, une assistante sociale pourra-t-elle venir lui dire: «si vous aviez ouvert votre porte volontairement, les choses auraient été plus faciles» ? Certainement pas.

Pourquoi étiez-vous surpris qu'Ariel Sharon ait procédé à cette évacuation, puisque c'est lui qui s'était chargé de l'expulsion des six mille Juifs de Yamit ?

Effectivement, mais cette évacuation s'est faite dans le cadre d'un traité de paix avec un État arabe. Malgré toutes les difficultés qui en ont découlé, on peut dire que cet accord a fait ses preuves. Depuis une génération, le calme règne sur notre frontière sud. Mais en ce qui concerne Gaza, le drame ne réside pas dans le fait que nous n'ayons rien obtenu en contrepartie. Toutes les analyses militaires démontrent que nous avons affaibli notre position stratégique.

Votre discours est sommes toutes assez optimiste. Pourquoi ?

J'ai grande confiance en la population d'Israël. J'ai vu comment les expulsés de Goush Katif ont été reçus, le soutien que les familles leur ont apporté et le mouvement de solidarité qui s'est créé. En cas de coups durs, nous sommes là les uns pour les autres. De plus, sur le plan historique, si je regarde les cent dernières années, nous avons connu la Shoa, où nous étions au plus bas de l'échelle, et la renaissance de l'État, où nous étions au plus haut. Nous sommes sur la pente ascendante mais, bien que la montée soit dure et truffée d'obstacles, nous ne reculons pas et avançons constamment dans la bonne direction. Il est vrai qu'aujourd'hui les temps sont difficiles et que nos adversaires jubilent. Mais n'oublions pas qu'en 1948, nous avons été expulsés de force de Goush Etzion et que, 19 ans après, nous y avons reconstruit une communauté florissante. De la même manière, nous retournerons à Goush Katif !

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