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Sommaire Slovaquie Automne 2005 - Tishri 5766

Éditorial - Octobre 2005
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Jérusalem et Bratislava

Par Roland S. Süssmann
Dans notre périple à travers le monde juif, nous avons décidé de faire halte cette fois-ci en Slovaquie. Bien que dès le début de la Guerre des Six Jours la Slovaquie ait été parmi les pays du bloc soviétique à briser ses relations diplomatiques avec l'État hébreu, aujourd'hui celles-ci sont considérées comme excellentes. Afin de nous permettre d'évaluer l'état des relations entre les deux pays, nous avons été à la rencontre de S.E. Mme YAËL RUBINSTEIN, qui vient de terminer sa mission d'ambassadrice non-résidente à Bratislava, Zagreb et Ljubljana, pour représenter Israël en Thaïlande. Actuellement, Israël n'entretient pas d'ambassade permanente à Bratislava, ce qui pourrait changer courant 2006. La Slovaquie, quant à elle, a une ambassade à Tel-Aviv.

Pouvez-vous en quelques mots définir la nature des relations qui existent aujourd'hui entre Jérusalem et Bratislava ?

Un ambassadeur a toujours tendance à répondre à ce genre de question par une formule classique qui se résume à souligner combien les relations sont excellentes. Toutefois, dans le cas de la Slovaquie, nous sommes face à une réalité qui dépasse de très loin une simple formulation diplomatique. En effet, la Slovaquie est l'un des plus proches amis d'Israël, au même titre que la République tchèque et la Pologne. C'est avec ces trois pays que nous pouvons partager le plus librement nos sentiments et nos points de vue, pour lesquels ils font en général preuve d'une très grande compréhension à notre égard. Ce sont aussi eux qui comprennent le mieux nos appréhensions de la position de l'Union européenne au sujet de la situation politique intérieure et extérieure d'Israël. Afin d'illustrer mes propos, lorsque nous avons cherché un soutien au sein de l'UE pour que le Hizbollah et le Hamas soient déclarées comme organisations terroristes tant en ce qui concerne leurs départements politique que «militaire», la Slovaquie s'est jointe aux pays qui soutenaient notre position, à savoir: la Pologne, la Tchéquie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Italie. Les autres États voulaient faire une distinction entre le bras «militaire» et la section politique, avec laquelle ils estimaient que l'UE devait entretenir un dialogue politique et diplomatique.

Comme expliquez-vous cette attitude pro-israélienne ?

Au cours des trois dernières années, nous avons développé d'excellents contacts avec le Premier ministre slovaque, M. Mikulas Dzurinda, le président Ivan Gasparovic ainsi qu'avec le président de l'Assemblée nationale, M. Pavol Hrusovsky. De plus, dans mes dialogues avec les responsables slovaques, j'ai toujours tenté de les impliquer de façon réaliste dans la problématique du Proche-Orient en leur disant: «si vous étiez Premier ministre d'un pays où des bus remplis de civils explosent régulièrement, que feriez-vous pour protéger votre population ? Oubliez un instant que vous dirigez un pays calme et sûr». Cette incitation à la réflexion permet souvent de dépasser le stade des critiques initiales et de se lancer dans un échange d'informations constructif.

N'avez-vous donc aucun point de divergence ?

Bien que dans l'ensemble nos relations au niveau politique soient vraiment excellentes, les nouveaux membres de l'Union européenne nous disent souvent comprendre nos préoccupations, mais qu'ils sont dans l'obligation, dans tel ou tel forum international, de suivre la position commune de l'UE. Lorsque ces pays nous tiennent ce genre de discours, cela signifie qu'ils suivent automatiquement la position de ceux qui nous sont le moins sympathiques, soit la France, la Belgique, l'Espagne, la Grèce et les pays scandinaves. Le fait est qu'il existe de nombreuses divergences au sein de l'Union. La Slovaquie, comme les autres nouveaux membres, ne suit pas automatiquement les positions les plus négatives mais, dès qu'il s'agit du Moyen-Orient, tous s'alignent sur ceux qui nous sont le moins favorables. Nous leur avons souvent demandé pourquoi ils n'hésitent pas à briser le consensus de l'UE dans de nombreux domaines, sauf lorsqu'il s'agit du Moyen-Orient et d'apporter un soutien direct à Israël. A ce jour, je n'ai jamais entendu de réponse satisfaisante. Nous leur communiquons notre mécontentement et leur signalons que le fait de ne pas suivre certaines positions dites «unitaires» de l'UE ne constitue pas un grand risque pour eux... mais visiblement il y a des limites au dialogue. Cela dit, j'ai trouvé auprès de la Slovaquie une porte ouverte et une oreille attentive.

Justement, en parlant de l'Europe, pensez-vous que les «non» français et hollandais, qui en fait constituent un premier clou dans le cercueil de cette belle union, généreront avec le temps un changement d'attitude positif à l'égard d'Israël ?

Je ne crois pas, bien au contraire. J'ai constaté que chaque pays qui cherche à améliorer ses relations avec le monde arabe le fait en général aux dépends d'Israël, en se montrant très compréhensif pour la cause palestinienne... souvent plus que nécessaire. Cette attitude provient aussi du fait qu'elle entretient cette illusion qui veut qu'en étant indulgent face aux exigences arabes, cela garantit une forme de protection contre le terrorisme. Cette idée généralement admise en Europe s'est avérée fausse, mais personne n'en a tiré les leçons. A cet égard, je citerai Tony Blair qui, au lendemain des attentats de Londres du 7 juillet 2005, a déclaré qu'ils étaient dus à la situation au Proche-Orient. Il a ostensiblement occulté le fait que les démocraties occidentales sont incapables de s'unir pour combattre correctement le terrorisme international. De plus, elles ne se sentent pas vraiment concernées lorsque des bombes explosent en Israël, tant que le calme est maintenu en Europe. Mais progressivement, les Européens comprendront, en payant le prix fort, qu'il n'est pas indéfiniment possible de profiter du calme et du bien-être aux frais des autres, dans le cas présent d'Israël. Cela dit, au sein de l'UE, un groupe de quatre pays formé par la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie a des comités de coopération communs et ensemble, ils ont une bien meilleure compréhension de notre politique et de nos préoccupations. Je pense que ce groupe aura bientôt un certain poids qui pourra jouer en notre faveur en ce qui concerne l'attitude générale de l'Europe à notre égard qui, pour l'instant, ne nous est pas très bienveillante.

En résumé, vous nous dites que dans l'ensemble, la Slovaquie a une attitude très amicale à l'égard d'Israël. Comment cette position se traduit-elle dans les faits, en particulier sur le plan des échanges économiques ?

Vous touchez là à un point faible de l'état de nos relations. En observant les chiffres, je constate que pour 2004, l'ensemble des échanges s'est élevé à environ vingt millions de dollars (dix millions dans chaque direction), ce qui est bien peu de choses. Le potentiel de nos exportations vers la Slovaquie est nettement plus important et je ne citerai que trois domaines dans lesquels nous pourrions être le premier importateur: la médecine, le high-tech et les technologies de protection des frontières, industrie où nous sommes à la pointe sur le plan mondial. En raison de l'adhésion à l'UE, la Slovaquie est contrainte de prendre un certain nombre de nouvelles mesures pour protéger l'accès à son pays; nous pourrions l'aider mieux que quiconque dans ce domaine. Autre secteur dans lequel nous tentons de coopérer depuis deux ans, celui de la construction de mini satellites à utilisation civile. Les dirigeants des trois plus importantes sociétés israéliennes spécialisées dans ce domaine sont venus en Slovaquie pour exposer les avantages d'une coopération mutuelle dans ce domaine. Pour l'instant, rien ne s'est fait. Je vous parlais du domaine médical. Là aussi, notre ministre de la Santé, M. Dany Naveh, s'est rendu récemment à Bratislava à la tête d'une délégation de 15 dirigeants d'entreprises afin d'établir des joint-ventures et d'améliorer le système médical. Pour l'instant, rien ne s'est fait. Dans nos négociations, les Slovaques nous disent qu'ils doivent respecter leurs voisins Européens et en premier lieu coopérer avec eux. Or nous avons signé un accord scientifique avec l'Union européenne aux termes duquel nous sommes considérés comme faisant partie intégrante de l'Europe. En coopérant avec nous, ils ne risquent donc pas de s'attirer les foudres des autres européens. Pour l'instant, les négociations continuent, sans vraiment avancer. Les échanges commerciaux se limitent donc aux machines, aux produits chimiques et aux plastics que nous achetons ici; nous leur vendons des instruments d'optique médicale, des produits agricoles et des textiles. Je pense raisonnablement que dans les deux ans à venir, les chiffres actuels pourront être doublés et qu'un certain nombre de projets en négociation vont se concrétiser.

Comment pensez-vous que les relations entre les deux pays vont évoluer ?

Comme je vous l'ai dit, je suis persuadée qu'il y a un grand potentiel pour l'amélioration des relations commerciales. Je pense aussi que lorsque nous aurons un ambassadeur résident, il sera plus facile pour nous de faire avancer un certain nombre de dossiers. Je veux souligner encore une fois que la Slovaquie fait partie des pays amis. Je dois dire que malheureusement, au cours des deux dernières années, pas assez d'officiels israéliens ont visité la Slovaquie, alors que nous avons reçu un grand nombre de dignitaires slovaques en Israël: trois visites présidentielles, une du Premier ministre, une autre du Ministre des Affaires étrangères, deux visites du Ministre du Commerce et une visite du Ministre des Finances. Nous avons été très heureux de les recevoir, surtout parce que cela nous a permis de mieux faire comprendre notre position. Par exemple, la manière dont le désengagement unilatéral de Gaza est perçu en Europe et celle dont il est vécu ici diffèrent fondamentalement. Lorsque ces visiteurs officiels se rendent sur place, rencontrent les familles et les responsables israéliens, ils se rendent compte qu'il s'agit d'un drame qui traumatise la nation et non d'un «acte de justice qui met un terme à une occupation illégale», comme les Européens ont l'habitude de présenter cette étape de notre histoire. Comme nous sommes conscients que ces visites sont l'occasion de renforcer nos relations, nous faisons un effort particulier afin de permettre aux visiteurs de rencontrer un maximum de personnalités du monde politique et économique.

Un ambassadeur d'Israël ne représente pas seulement l'État auprès des autorités du pays où il est accrédité, mais aussi auprès de la communauté juive. Comment percevez-vous celle de Slovaquie ?

Il s'agit d'une petite communauté qui jouit de bonnes relations avec les autorités. En raison du petit nombre de membres, l'Alyah est évidemment très réduite. Étant donné que nous avons un certain nombre d'échanges académiques et culturels avec la Slovaquie, la communauté bénéficie aussi des spectacles israéliens qui se produisent de temps en temps à Bratislava.
En conclusion, je dirai que la Slovaquie est certes un petit pays, mais qu'Israël est conscient du fait qu'il ne peut pas être négligé pour autant. Bien au contraire, nous mettons tout en ½uvre afin de renforcer les relations entre nos deux États et ce aussi bien du point vue politique qu'économique.

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