Migron
Par Roland S. Süssmann
Dans notre périple à travers les terres juives de Judée, de Samarie et de Gaza, nous avons fait halte dans un endroit qui n'existe pas, qui ne figure sur aucune carte de géographie et qui, à ce jour, ne jouit même pas de la protection de l'armée: MIGRON. Ce nouveau village de Samarie, cité deux fois dans la Bible (Samuel I 14-2 et Isaïe 10-28), constitue l'exemple vivant de la seule véritable réponse juive et sioniste aux attaques criminelles et meurtrières des Arabes: l'essor de la construction et la multiplication des points de peuplement partout en Israël. C'est ainsi que le 3 mars 2002, une attaque vicieuse, typiquement arabe, s'est produite sur des civils juifs qui se rendaient à leur travail. Embusqués près d'un virage d'où la visibilité est mauvaise pour les conducteurs, un Arabe a tiré à la mitraillette sur les automobilistes, tuant 6 soldats et blessant grièvement de nombreux civils.
Dans la nuit ayant suivi cette attaque, un petit groupe de jeunes Juifs courageux a décidé de s'installer sur une colline dominant l'ensemble des villages arabes situés entre Jérusalem et Jéricho. La première famille a emménagé dans une caravane dans la nuit qui a suivi l'attentat. Il s'agit de Ari Hendler qui, en compagnie de son épouse enceinte et de son fils, n'a pas hésité alors à prendre des risques. Protégé par trois amis armés et lui-même armé, Ari a commencé par mettre en place un petit générateur d'électricité ainsi qu'un container d'eau potable. Assez rapidement, d'autres jeunes couples l'ont rejoint et en huit mois, trente cinq familles sont venues vivre à Migron. Il est intéressant de noter que chaque nouvelle caravane installée se trouve immédiatement une famille pour l'habiter. Un tel logement, avec toute l'infrastructure, revient à 100'000.- shekels (environ US$.20'000,--). Ces caravanes sont des habitations provisoires et dès le mois de mai 2003, les premières maisons seront disponibles. Sur le plan de la solidarité, il faut savoir qu'afin que la courageuse famille Hendler ne reste pas isolée pour son premier Shabbat, des jeunes couples des villages environnants sont venus camper à Migron et ont organisé un office et un véritable Shabbat pour eux. Ils ont répété cette manifestation fraternelle jusqu'à ce qu'il y ait suffisamment de familles à Migron pour assurer un minyan.
Lorsque l'on se trouve à Migron, un rapide coup d'œil suffit pour comprendre l'importance stratégique du site. En effet, chaque angle couvre une route de première importance qui mène à Jérusalem. Le village s'intègre totalement dans un groupe d'autres points de peuplement juifs qui entourent Jérusalem, constituant ainsi une bague de protection autour de la capitale de l'État juif. A ce jour, ce "cercle" est presque totalement fermé. Migron a été construit sur des terres gouvernementales, sans expropriation d'aucune famille juive ou arabe. De plus, il est important de souligner qu'en établissant Migron, les autorités régionales ont voulu accroître la présence juive afin que les villages juifs de Samarie ne puissent jamais être isolés au cas où, dans le cadre d'un accord global, certaines régions devraient encore être soumises à l'autorité de l'OLP. A cet égard, il est intéressant de noter que la fameuse "feuille de route" du Quartet stipule que tout nouveau point de peuplement juif créé après janvier 2001 devra être démantelé au plus tard le 1er mai 2003... Il est bien entendu que cette proposition ne sera jamais appliquée.
Toute "l'opération Migron" est une réalisation de pionniers et les jeunes responsables que nous avons rencontrés dans le village nous ont fait comprendre que pour eux, le défi était d'autant plus important qu'il comportait un élément de nouveauté, sortant des sentiers battus. Ceci est d'autant plus vrai que chaque installation de caravane est un véritable tour de passe-passe doublé d'acrobatie. En effet, en raison des pressions internationales, le gouvernement ne peut pas permettre un développement ouvert et officiel de Migron. C'est pour cela que l'armée a pour instruction d'intercepter tout transport de caravanes vers le village. Ne pouvant pas être livrées en pièces détachées et assemblées sur place, elles doivent voyager pour ainsi dire terminées. Les promoteurs de Migron acheminent donc leurs caravanes la nuit par des chemins détournés, entre deux patrouilles de l'armée, souvent tous phares éteints et avec un système de guetteurs munis de walkies-talkies. Dans l'heure qui suit la pose de la caravane, une nouvelle famille s'y installe avec son mobilier, l'eau et l'électricité. Pour la déloger, toute une procédure juridique, qui peut conduire à la Haute Cour de Justice, doit être entamée. Par contre, une caravane vide constitue un amas de bois qui peut être démoli par l'armée sans aucune hésitation.
Migron se trouve à quelques kilomètres de Jérusalem et tout indique qu'avec le temps, cet endroit fera partie intégrante de la ville. Pour ce faire, un plan d'aménagement a d'ores et déjà été arrêté par les autorités municipales de la région de Benjamin qui prévoit une première étape de construction de 500 logements, le raccordement à Jérusalem devant se faire en cinq étapes successives. Cela dit, si sur le papier les choses semblent simples et réalisables, la réalité politique veut qu'en fait, il s'agisse d'un combat contre la montre. En effet, les manifestations et les démarches politiques de la gauche israélienne ainsi que la pression internationale font que chaque nouvelle installation constitue une victoire juive. Dans la région, les Arabes construisent quotidiennement des unités d'habitations illégales, bien entendu sans être inquiétés le moins du monde, et à ce jour, ils ont construit dans les alentours de Jérusalem suffisamment de maisons vides pour pouvoir accueillir trois cent mille personnes ! Aujourd'hui, alors que la situation sécuritaire s'est quelque peu améliorée grâce à Israël, la guerre s'est déplacée sur un tout autre plan, celui de la multiplication de la présence effective sur le terrain.
En conclusion, écoutons M. Hendler qui nous a déclaré: "Il faut bien comprendre que si aujourd'hui, malgré toutes les incertitudes et les difficultés, de nombreux jeunes Israéliens et moi-même sommes disposés à nous endetter afin de venir vivre dans cette région qui est aussi désolée que superbe, c'est parce que nous savons que nous avons une mission: peupler Israël aujourd'hui car demain, il sera trop tard".
Il ne fait aucun doute que les Européens mettent tout en œuvre non seulement pour que des lieux comme Migron ne se créent pas, mais pour qu'ils soient démantelés par Israël. Il n'est pas exclu que les États-Unis se joignent à ce genre de demande. C'est pourquoi il est si important que cet endroit se développe rapidement afin qu'une telle requête puisse être refusée par Israël.
Migron n'est pas le fruit d'une idée absurde, mais s'inscrit dans la lignée de l'idéal prôné par les pères fondateurs de l'État d'Israël et constitue une nécessité stratégique de premier plan. Il suffit de s'y rendre pour s'en convaincre...